Conseil d'expert

Le retrait-gonflement des argiles, un phénomène à ne pas sous-estimer

De quoi s’agit-il ?

L’argile est un matériau plastique, à la consistance et au volume variables : les sols contenant de l’argile gonflent lorsqu’ils sont humides et se rétractent lorsqu’ils sèchent. Ces mouvements – parfois spectaculaires – peuvent provoquer des déformations et des fissures dans les bâtiments, entraînant des désordres structurels.

Le retrait-gonflement des argiles (RGA), parfois appelé « sécheresse géotechnique », est un phénomène naturel affectant les sols argileux. Il survient principalement en fonction de la nature du sol, de celle des argiles, des aménagements extérieurs modifiant l’humidité du sol et des alternances climatiques. Toutefois, ce sont ces dernières qui constituent le principal facteur de déclenchement du RGA.

En France, la période récente (2016-2022) a vu une accélération spectaculaire des effets du changement climatique sur ce phénomène, devenu la première cause des indemnisations versées au titre du régime « Catastrophe Naturelle » (devant les inondations).

L’augmentation des sécheresses, en alternance avec de fortes pluies, a accentué ce phénomène et l’on peut s’attendre à une hausse importante du nombre des sinistres dans les années à venir (entre +44 % à +162 % d’ici 2050 d’après la Caisse Centrale de Réassurance).

Avec elle, c’est le coût lié aux sinistres qui va considérablement augmenter : de 1,5 Md€/an actuellement, il pourrait atteindre 2 à 3 Md€/an en 2050.

Exposition au risque de RGA et évolution des zones d’aléas

Comprendre le niveau d’exposition au risque de RGA

Le niveau d’exposition au risque de RGA correspond au niveau de probabilité qu’un terrain argileux subisse des variations de volume suffisantes (retrait en période sèche, gonflement en période humide) pour endommager des constructions.

Il est traduit en aléa et classé selon trois niveaux : faible, moyen et fort. « Aléa fort » signifie ainsi une probabilité élevée de mouvements du sol susceptibles de générer des dommages.

Afin de réduire à l’avenir le nombre de sinistres causés par le phénomène de RGA, la répartition des zones d’aléa à l’échelle nationale évolue totalement à compter du 1er juillet 2026. L’aléa moyen et fort couvrira 55 % du territoire national (48% auparavant).

Au total, 12,1 millions de maisons individuelles seront situées dans ces zones, soit 6 maisons sur 10.

Situation dans le Doubs

Le Doubs n’est pas le département le plus impacté par le RGA. Néanmoins, les sinistres liés à ce phénomène restent fréquents, en raison d’un manque d’attention initiale portée à ce risque et du nombre important de maisons individuelles (51% du parc de logements).

La répartition des zones d’aléas évolue également à compter du 1er juillet 2026 :

  • l’aléa faible disparaît presque, passant de 5% à 1% du territoire,
  • l’aléa moyen reste stable, autour de 56% du territoire,
  • l’aléa fort apparaît, représentant 6% du territoire.

Obligations en zones d’aléa moyen et fort

Plusieurs obligations réglementaires s’appliquent aux actes de vente de terrains non bâtis constructibles et aux contrats de construction de maisons individuelles situés en zones d’aléa moyen ou fort :

  • Vente d’un terrain constructible : étude géotechnique préalable (G1) obligatoire,
  • Construction de maison individuelle : étude géotechnique de conception (G2) obligatoire.

En zone d’aléa faible, il n’existe pas d’obligation légale, mais la réalisation d’une étude géotechnique reste fortement recommandée.

Les signes d’alerte et les mesures de prévention

Vulnérabilité des constructions face au RGA

Les maisons individuelles et les constructions de plain-pied sont particulièrement vulnérables au RGA, car leurs fondations sont souvent plus légères. Avant 2018, de nombreuses maisons ont été construites sans prise en compte de ce risque, ce qui peut aujourd’hui fragiliser ces bâtiments et nécessiter des mesures spécifiques.

Des fissures en façade, des portes ou fenêtres qui coincent, des dalles qui se soulèvent, des décollements entre la maison et des éléments extérieurs (perrons, terrasses…), ou encore des ruptures de canalisations sont autant de signes d’alerte.

Prévenir et adapter les constructions

Il est toutefois possible d’habiter en sécurité sur un sol argileux. La clé réside dans la mise en place de mesures de prévention et/ou d’adaptation du bâti.

Pour les logements existants, il est essentiel de maîtriser les variations d’hygrométrie autour de la construction :

  • assurer une bonne gestion des eaux pluviales,
  • limiter l’évaporation,
  • éviter les arbres trop proches du bâtiment.

Un équilibre est néanmoins nécessaire, car les arbres apportent aussi ombre et fraîcheur en période de forte chaleur.

En pratique, il n’existe pas de solution-type : la réponse doit être adaptée au site et au budget. Une étude géotechnique permet justement de définir les solutions les plus appropriées.

Pour les projets de construction, cette étude est indispensable afin d’anticiper les adaptations nécessaires : profondeur des fondations, vide sanitaire, gestion des eaux pluviales, de la végétation ou encore des sources de dessiccation.

Que faire en cas de sinistre ?

En cas de sinistre lié au RGA, il est indispensable de prévenir rapidement votre assurance et de faire intervenir un professionnel qualifié.

Les travaux de réparation, bien que variables selon les situations, sont souvent lourds et couteux :

  • reprise/renforcement des fondations
  • injection de résine, etc.

D’où l’importance d’anticiper et de privilégier la prévention pour éviter ces interventions complexes.

Pour aller plus loin

. Guide complet sur les mesures de prévention, d’adaptation et de remédiation du RGA
Ministère de la Transition écologique

. S’informer sur le risque RGA
 :
Géorisques

. Connaître l’ensemble des risques concernant votre terrain
 :
ERRIAL

Vous pourriez également être intéressé

Privacy Preference Center

Une question ?
Prendre rendez-vous